ELEPHANT

CREATION 2019

 «Cours à l’heure paisible dans les tortueux méandres de ton être

Clame haut le semblable et le différent, aussi haut que le soleil

Chante les impossibles pensées qui naissent de l’oisiveté

Pense le beau ! Pense le laid ! Pense les lieux et les normes et les lois !

En attendant les prochaines colères du vent.»

Chant à l’Indien, Khireddine Mourad

Bien que cela fasse des années que je créé des spectacles, je ne cesse de remettre en question la légitimité à poursuivre cette voie et à remonter une pièce. Si elle est loin d’être une évidence, c’est pourtant au sein même de ces doutes que surgit mon désir de me réengager dans la voie de la création. Les notions d’inconnu, de rêves, de fragilité, de vérités, de masques qui sont au cœur de l’existence ne cessent de contaminer mon processus chorégraphique et d’alimenter mon imaginaire créatif. Une pièce surgit aussi bien du vide et du silence que du chaos de mon esprit et des doutes qui l’envahissent… Tout l’enjeu consiste alors à cheminer progressivement et collectivement vers une forme que j’espère toujours empreinte de liberté. 

 

Eléphant, je l’ai d’abord rêvé pour des hommes et des femmes extra-ordinaires que j’aurais pu croiser au détour d’une rue ou lors d’un voyage. Ils font écho à mes héros ordinaires – paysans, jardiniers, femmes de ménage – peuplant mon quotidien. Ce sont en premier lieu les interprètes de la Compagnie, artistes expérimentées issues de la tradition populaire, que j’ai rencontrées dans la région du sud du Maroc au fil des années et qui ne cessent de m’inspirer depuis lors. Avec Eléphant, j’ai souhaité pour la première fois les confronter à de jeunes danseurs professionnels laissant ainsi naître de ces rencontres des imaginaires artistiques renouvelés. 

 

Que serions-nous sans des passeurs de tous âges et de tous temps ? Le tâtonnement et le cheminement sont une aventure à la fois individuelle et collective. La différence, la friction avec l’inconnu, les risques encourus et le choix d’un destin commun nourissent cette quête individuelle au même titre que la nature et les environnements de chacun, qu’ils soient réels ou fantasmés.  C’est dans la poussière, avec les oiseaux, dans les forêts, les déserts, les cabarets, la rue que les autres m’inspirent.

 

Le son et la musique participent de cette mythologie rêvée en convoquant magiquement des espaces temporels qui, suivant le cours des choses, tendent irrémédiablement à disparaître : chants et musiques puisés dans le répertoire populaire marocain ramenés à la vie par un chœur de musiciennes venu du fond des âges… 

 

Eléphant est la suite de mes créations. Il est aussi un commencement, une sorte d’espoir quand tout ce qui nous entoure tend à disparaître. Je cherche ce qui se transmet, ce qui parle d’humanité. Un acte collectif où pourrait exister un cheminement vers soi, qui ne renie pas l’Homme. 

Bouchra Ouizguen

Artistic Direction, choreography 

Bouchra Ouizguen

 

Dancers

Kabboura Aït Ben Hmad, Khadija Amrhar, Fatéma El Hanna, Milouda El Maataoui, Yousef Haref Sbieh, Fatna Ibn El Khatyb, Youness Khoukhou, Halima Sahmoud, Malika Soukri

Production Compagnie O // Coproduction Biennale d’art contemporain de Rabat, Service de Coopération et d’Action Culturelle de l’Ambassade de France au Maroc // Accueil Studio École Supérieure des Arts Visuels de Marrakech

 

Première le 24 septembre 2019 à la Biennale de Rabat